Vous n’avez pas pu passer à côté de l’article surréaliste publié par Libération en début de semaine « Pourquoi les vegans ont tout faux ? ». On aurait pu croire à un poisson d’avril un peu en avance, un hoax ou une tentative de bad buzz pour faire la promo de leurs livres…

On se serait cru dans un épisode à la croisée des mondes entre The Walking dead et Black Mirror où les vegans sont responsables de la mort de l’humanité toute entière, de l’agriculture, des animaux domestiques et des vaches qu’on aura remplacé par des robots brouteurs (non non ce n’est pas une blague).

Au début, on se dit que c’est encore un article à la con, qu’il faut ignorer comme tous les autres qui ont pour seul but de descendre les vegans avec des arguments plus ou moins bancals. Mais en le lisant, on comprend pourquoi non, en fait il ne faut pas ignorer, il faut vraiment y répondre.

Alors je ne vais pas rédiger ici une réponse argumentée et factuelle répondant à chacun de leurs arguments apocalyptiques car l’article de Mr Mondialisation l’a extrêmement bien fait. Vous pouvez le lire ici.

Mais je n’ai jamais reçu autant de messages choqués et de gens qui me demandaient si je l’avais lu et ce que j’en pensais.

Arrêtez de prendre les gens pour des cons

J’ai donc décidé de vous parler plutôt de pourquoi cet article a autant fait réagir dans le cercle vegan et même plus loin.

La réponse est très simple : parce qu’on en a tous marre d’être pris pour des cons.

Et cet article de sa première à sa dernière ligne prend clairement tout le monde pour des cons : les vegans en première ligne, les végétariens, les paysans, les SDF, les animaux en victimes collatérales… mais surtout vous, qui n’êtes dans aucune de ses petites cases et à qui on tente de faire gober des arguments hallucinants dans le seul but de faire peur.

Alors non, la peur n’est pas le seul but. Il y a un second but un peu plus insidieux : donner bonne conscience à ses auteurs qui n’ont clairement aucune envie de changer ne serait-ce qu’une once de leur existence. Et en faisant cela, ils espèrent trouver un écho envers ceux qui pensent la même chose.

Parce qu’au final on en revient toujours à ça.

Pourquoi les anti-vegans sont-ils si virulents ?

Parce qu’on leur renvoie cette image d’eux qu’ils ne supportent pas, celles de personnes qui font souffrir pour un plaisir gustatif de quelques instants et non pour un besoin vital.

C’est vrai, ce n’est agréable pour personne. Personne n’a envie de mal faire ou d’être jugé.

Alors au moins avec cet article on est cool raoul. Les vegans sont la source de l’industrialisation massive et de la disparition de l’agriculture traditionnelle et des sols viables donc c’est bon les gars, bouffez du steak tous les midis, on s’en fout les vegans ont déjà détruit la planète.

Bon ok fallait oser cet argument, mais bon à la limite plus c’est gros plus ça passe.

Un peu comme le fait de dire que les animaux adorent « travailler » avec l’homme.

Oui je sens bien que la vache laitière adore être inséminée artificiellement plusieurs fois par an, privée de son veau à la naissance, traite jusqu’au sang et au pus par des machines dans un enclos minuscule puis finalement amenée à l’abattoir quand elle n’est plus assez rentable pour finir en steak bon marché.

On ressent bien ici « l’existence intelligente, intéressante et digne » que les auteurs mettent en exergue dans leur article non ?

La malhonnêteté intellectuelle de ce type d’article

Et le danger c’est qu’une partie des gens vont vraiment prendre ça pour acquis. Ils vont se dire que de grands chercheurs et écrivains ont fait des recherches approfondies et qu’au fond ils doivent avoir raison (j’en profite pour rappeler que leur article n’est ni chiffré ni sourcé). D’autres vont se dire que les points soulevés sont légitimes et ça va les renforcer dans leur statu quo et les pousser à ne changer absolument rien de leur consommation actuelle.

C’est cette malhonnêteté intellectuelle dont ils ont fait preuve dans cet article qui est vraiment problématique. Tout est noir dans ce portrait au vitriol des vegans, pas une once de nuance, on ne nous accorde même pas le bénéfice du doute.

Non, les vegans ont TOUT FAUX de A à Z. Belle prouesse quand même.

Aucun mot sur les bienfaits d’une alimentation vivante et végétale, seulement une ironie sur le fait que les vegans ne mangent que des faux produits industriels créés par les méchants américains et ont besoin de vitamine B12 pour survivre.

Les études de plus en plus nombreuses qui osent enfin mettre en lumière les dangers de la viande et des produits carnés sont balayées d’un revers de main à coup du célèbre « C’est pas chez nous c’est chez les méchants Ricains« (again).

Pas un mot sur le réchauffement climatique et les recommandations concernant la diminution de la viande.

Rien sur toute la branche décroissante, zéro déchet, locavore, adepte du bio qui représente quand même une très grande part du mouvement vegan.

Non, les vegans sont justes des petits cons qui se prennent pour des rebelles mais qui en fait n’ont rien compris.

Bah non, on est tellement cons qu’on a pas compris qu’en renonçant aux produits animaux et à leur exploitation on détruisait la planète !

Heureusement que Libé est là pour nous ouvrir les yeux ! Hop demain je file à McDo m’enfiler un gros Big Mac pour sauver la France de l’apocalypse.

Ah non pardon, McDo c’est un peu trop pro-americain !

Bon ok je file chez le boucher bio et éthique bien français du coin qui nous garantie que l’éleveur (toujours bien français) a accompagné sa brave bête (française, sans antibio, sans OGM, label rouge, bio et sans gluten) jusqu’au bout après une belle vie passée à brouter des marguerites en plein-air.

Ah non pardon, la mode du régime alimentaire du « sans » est réservée aux vegans, va falloir trouver autre chose pour vendre vos produits carnées les gars !

Pourquoi faut-il changer ?

C’est marrant, je rédige cet article sur la route en faisant les 700 kms entre Nice et Clermont-Fd et je ne les vois pas ces millions de vaches heureuses à brouter dans les pâturages.

À part 2 troupeaux de moutons, 3 petits troupeaux de vaches et quelques chevaux et ânes je n’ai pas vu cette agriculture traditionnelle que nous, méchant vegan nous évertuons à détruire un peu plus chaque jour. Est-ce déjà trop tard ?

Où sont tous ces animaux élevés en plein air, nourris à la bonne herbe que tout le monde achète pour se donner bonne conscience ?

Vous savez qui je ne vois pas non plus ? Les milliers de cochons qui sont abattus chaque jour et dont 96% sont issus de l’élevage intensif.

Mais je termine quand même cet article sur une note d’espoir.

L’espoir qu’un maximum de personne se soit rendu compte de l’absurdité des propos tenus par ces soit-disant intellectuels, qu’un maximum de personnes ait été choqué autant que moi et ait envie d’en savoir plus sur le mouvement vegan.

Cet article montre également la faiblesse des arguments contre le véganisme et le manque de fondement de ceux-ci. Peut-être que beaucoup de personnes non-vegan ont été frappé, déconcerté, décontenancé par ces propos.

Et surtout qu’on cesse de déresponsabiliser les gens avec de faux arguments dans le seul but de continuer notre petit train de vie à l’occidental où on se fait plaisir coûte que coûte, peu importe le prix pour la planète, les animaux ou notre corps.

Il est temps d’arrêter de se trouver des excuses pour ne rien changer.

 

 

Autres sources :

La réponse humoristique d’Insolente Veggie

La réponse en vidéo de la Youtubeuse Antastesia

La réponse de Mr Mondialisation (déjà citée en début d’article)

 

15 réponses
      • Muriellemob
        Muriellemob dit :

        Bonjour Lorelei,

        J’ai découvert récemment un penseur américain, agriculteur et poète (un merveilleux poète) qui s’appelle Wendell Berry et dont l’oeuvre sera bientôt traduite partiellement en français. Je vous parle de Wendell Berry parce qu’il a contribué à changer mon rapport à la nourriture et à me faire réaliser une chose : l’acte de manger est le dernier maillon d’une chaîne de tendresse. Et tout commence avec ce qui nous nourrit. L’industrialisation dénature le lien que l’humain a avec la terre, les plantes, les animaux. Tout devient du stock, tout peut et doit être bouilli pour nous servir de carburant. La tendresse est oubliée par l’humain qui veut se remplir, qui veut toujours plus de force (pourquoi faire, on se demande bien quand on voit l’état de nos vies, de la planète…pour être plus violent j’imagine…). Le problème dans cette tribune de Libé – ironique n’est-ce pas, un journal qui s’appelle « Libération » publie un article pour justifier l’oppression -, c’est qu’il en appelle à la tradition de manger de la viande comme étant foncièrement humaine. Mais il oublie que la tendresse est aussi une tradition, foncièrement humaine. Sans tendresse, il n’y a pas de vie. La tendresse est un devoir. Un devoir envers toutes formes de vie et lorsqu’on met un point d’honneur à honorer le vivant hors de soi, on finit par vouloir l’honorer en soi. Donc on ne fait plus bouillir des animaux pour qu’ils nous servent de fuel. La science découvrira peut-être un jour que les plantes vertes ont un système nerveux sensible, comme nous, comme les animaux non-humains. Ou qu’elles sont dotées d’une forme de conscience, même rudimentaire. Et lorsque ça arrivera, les vegans, les végétariens, les antispécistes ou tous ceux qui ont compris que tout le vivant est tendresse seront les premiers à s’adapter encore, à trouver des solutions pour préserver encore et toujours plus le vivant sans le faire souffrir, sans avoir à tuer. Parce que c’est bien cela, le coeur de la véganitude, du végétarisme : le désir ardent, nécessaire et enfin assumé de ne plus avoir à tuer pour vivre (drôle de paradoxe). Merci d’avoir attirer notre attention sur cet article et merci pour votre manifestation de tendresse ardente ;-) Amitiés, Murielle.

        Répondre
  1. Martine Auriol
    Martine Auriol dit :

    Ce qui est fou , c’est de penser que Paul Ariès , le chantre de la décroissance a commis une partie de cet article !!! Mais bon , il est amoureux de son steak …

    Répondre
    • Lorelei
      Lorelei dit :

      Oui c’est vrai que c’est fou de se dire que quelqu’un de décroissant et qui a l’air relativement anti-capitaliste et anti-américain ait l’air de penser que le mouvement vegan est le contraire absolu de ces idées. Alors que je pense que l’écrasante majorité des vegans sont clairement des gens engagés contre la société de consommation actuelle qui détruit tout, les hommes, les terres, et bien évidemment les animaux qui sont les victimes de première ligne de tout cela. Mais ça il ne souhaite pas le voir, car comme tu dis, il veut bouffer son steak bio éthique et sans OGM sans avoir mauvaise conscience. Quel gâchis !

      Répondre
  2. Val
    Val dit :

    C’est très simple, le Véganisme n’est plus une mode, c’est un mouvement et ça fait peur ! donc les attaques vont être de plus en plus virulentes de la part de tous les lobbies et leurs sympathisants …. nous sommes donc sur la bonne voie :-) !!!!

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    • Lorelei
      Lorelei dit :

      Oui c’est clair, c’est le côté motivant :) Puis les gens ouvrent de plus en plus les yeux et ne se font plus endormir par les « médias dominants ». Et ça aussi ça leur fait peur ;-)

      Répondre
  3. Virginie
    Virginie dit :

    C’est édifiant de lire des choses pareilles !!
    Pour moi qui suit en pleine transition alimentaire, plus extrême encore puisque plutôt à tendance crudivore.
    J’ai vraiment adoré ton article !

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  4. Amada
    Amada dit :

    Merci pour ce chouette brûlot.!
    Pour ma part, je dirai que l’article de Libération m’a laissé totalement indifférente..
    Rien d’étonnant de la part de ce journal, qui ne publie que des textes manichéens, réactionnaires et non circonstanciés, sans aucune connaissance profonde des sujets traités..,
    En outre, ce genre d’attaques ne devraient que nous conforter dans nos choix de vie alternatifs, alliant respect de l’autre, de la vie, de l’humain, de l’animal et de la terre.et recherche de solutions douces et pacifiques .
    face à de pareilles accusations,ma seule réaction est de sourire et de continuer ma voie.
    C’est en consommant, agissant autrement que l’on changera les choses, et non en tentant de se défendre, je crois.
    Un acte vaut 10milles paroles!
    Belle journée! Amada

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  5. Didier
    Didier dit :

    Libération animale ou nouveaux terroristes Paul Ariès (Auteur)
    Les saboteurs de l’humanisme Paru en juillet 2000
    C’est pas nouveau qu’il s’exprime sur le sujet. De plus il est Lyonnais, ville qui fut le foyer en france de l’anti-spécisme.

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  6. CHARDIN Marjorie
    CHARDIN Marjorie dit :

    Merci pour ton partage de source. Grâce à toi je viens de regarder Earthlings Terriens que je ne connaissais pas. J’ai vomi, chialé et est été frappée par la cruauté dont l’homme fait preuve. Je sais désormais ce que cela aura coûté d’avoir un steack dans mon assiette. Je ne mange quasiment plus de viande depuis mon voyage de 6 mois en Asie car là-bas ils en mangent beaucoup moins que chez nous et le tofu est très populaire mais cette vidéo m’encourage à continuer ma démarche et à ne plus en manger du tout. Merci, dans mon cas, tu m’auras aidé à continuer mon développement personnel et à avancer afin de devenir meilleur.

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    • Lorelei
      Lorelei dit :

      Merci pour ton témoignage, je suis très heureuse d’avoir pu t’aider dans ta démarche vers une alimentation plus végétale. C’est vrai qu’Earthlings change vraiment notre vision des choses et le retour en arrière est très difficile après, mais c’est pour le mieux. Bonne continuation !

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